Beni, l’épicentre d’une guerre invisible où les civils sont la seule cible constante
Rédaction par Nelly Tshienda, édition par Tribune Media Congo et supervision éditoriale par Kalonji Wa Mulumba
Publié le 03 juin 2026 à 13h58
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Une nouvelle attaque attribuée aux ADF dans le secteur de Beni-Mbau, ayant fait au moins 8 morts civils selon un bilan provisoire, ravive les interrogations sur la nature réelle de ce groupe armé. Sans revendications officielles claires et opérant dans un contexte régional complexe, les ADF continuent de frapper les populations civiles, alimentant des analyses contrastées sur leurs motivations et leurs possibles connexions.
Une nouvelle attaque dans un cycle de violence devenu récurrent
Dans la nuit du mardi 2 au mercredi 3 juin 2026, des hommes armés attribués aux ADF (Forces démocratiques alliées) ont attaqué les localités de Mbau/Kitoho, dans le territoire de Beni, province du Nord-Kivu.
Selon des sources locales et de la société civile, le bilan provisoire fait état d’au moins 8 civils tués, tandis que plusieurs habitants auraient fui vers la brousse pour échapper à l’attaque.
Aucune communication officielle détaillée n’avait encore été publiée au moment de la rédaction.
Une violence persistante dans le territoire de Beni
Le secteur de Beni-Mbau reste l’un des foyers les plus touchés par les attaques attribuées aux ADF. Depuis plusieurs années, les incursions y sont marquées par :
• des attaques nocturnes dans les villages ruraux,
• des civils ciblés dans les champs ou leurs habitations,
• des déplacements massifs de populations,
• une difficulté persistante d’accès pour les forces de sécurité dans certaines zones forestières.
Cette situation alimente un climat de peur permanent dans plusieurs communautés locales.
Un groupe sans revendications claires, une lecture difficile du conflit
L’un des éléments qui alimente les interrogations autour des ADF est l’absence de revendications politiques explicites et systématiques après leurs attaques.
Contrairement à d’autres groupes armés actifs dans l’est de la RDC, les ADF ne communiquent généralement pas sur leurs objectifs, leurs demandes ou leurs motivations immédiates.
Cette opacité nourrit plusieurs interprétations dans les milieux d’analyse et au sein des populations touchées.
Une hypothèse sensible : instrumentalisation régionale ?
Dans certains débats locaux et analyses non officielles, une hypothèse revient parfois : celle selon laquelle les ADF pourraient s’inscrire, directement ou indirectement, dans des dynamiques régionales impliquant les tensions entre la RDC et certains États voisins, notamment l’Ouganda.
Cette lecture s’appuie sur plusieurs éléments de contexte :
• l’origine historique des ADF en Ouganda
• la porosité des frontières dans la région des Grands Lacs
• les accusations récurrentes d’ingérences régionales dans les conflits de l’Est congolais
• les enjeux économiques liés aux ressources naturelles dans certaines zones du Nord-Kivu
Cependant, il convient de souligner que ces éléments relèvent de lectures politiques, d’hypothèses, et ne constituent pas des preuves établissant un contrôle direct d’un État voisin sur le groupe.
Une stratégie de la terreur contre les civils ?
Une autre lecture, largement relayée par des organisations locales et des experts en sécurité, considère que les attaques contre les civils s’inscrivent dans une logique de :
• terreur et vidage des zones rurales
• affaiblissement du contrôle étatique dans certaines zones forestières
• facilitation de la mobilité des combattants
• pillage et économie de guerre
Dans cette perspective, la violence ne viserait pas seulement un objectif militaire classique, mais une stratégie de déstabilisation durable des communautés locales.
Une région sous pression malgré les opérations militaires
Malgré les opérations conjointes des Forces armées de la RDC et de leurs partenaires, les attaques continuent de toucher régulièrement les villages du territoire de Beni.
Les populations locales restent les principales victimes de ce conflit prolongé, souvent prises entre insécurité chronique, déplacements forcés et manque de protection durable.
L’attaque de Mbau/Kitoho s’inscrit dans une série d’incursions qui illustrent la persistance de l’insécurité dans le Nord-Kivu. Si les ADF sont régulièrement désignés comme responsables, leurs motivations exactes restent difficiles à cerner en l’absence de revendications publiques.
Entre analyses sécuritaires, hypothèses géopolitiques et réalités de terrain, le conflit autour de Beni demeure marqué par une forte opacité, tandis que les civils continuent d’en payer le prix le plus lourd.

