C64, « Sauvons la RDC » et le M23 : une proximité idéologique qui interroge

Rédaction par Nelly Tshienda, édition par Tribune Media Congo et supervision éditoriale par Kalonji Wa Mulumba

Publié le 02 juin 2026 à 20h10

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La crise sécuritaire qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo ne se limite pas à une dimension militaire. Elle soulève également des interrogations politiques profondes sur la cohérence de certains regroupements qui se présentent comme des alternatives au pouvoir en place.

Avant l’émergence du C64, la plateforme « Sauvons la RDC » s’était déjà imposée dans l’espace politique comme un cadre de mobilisation de plusieurs acteurs opposés au régime de Kinshasa. Corneille Nangaa avait d’ailleurs publiquement encouragé les forces politiques à se rassembler autour de cette dynamique, présentée comme une tentative de recomposition de l’opposition congolaise.

Aujourd’hui, le C64 suscite à son tour des interrogations similaires. Plusieurs de ses membres plaident pour l’ouverture d’un dialogue avec les acteurs du M23, y compris des personnes visées par des sanctions nationales et internationales. Cette position alimente un débat sensible : celui des limites du dialogue politique dans un contexte de conflit armé, et de la place accordée à des acteurs considérés par l’État comme des ennemis de la souveraineté nationale.

Dans le même temps, une autre question de crédibilité politique est soulevée par certains observateurs concernant la composition même de cette coalition. Le C64 rassemble en effet des personnalités dont les situations judiciaires et politiques sont controversées.

C’est notamment le cas de l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, condamné par la justice congolaise dans une affaire de détournement de fonds publics. Dans un État souverain, la justice nationale constitue l’un des piliers de l’autorité républicaine. La présence d’acteurs condamnés par les juridictions du pays au sein d’une plateforme politique nationale soulève ainsi des débats sur la perception de légitimité et de crédibilité institutionnelle.

À cela s’ajoute la présence de figures politiques comme Moïse Katumbi, dont certaines prises de position publiques ont suscité des controverses, notamment lorsqu’il a déclaré que les États-Unis ne devraient pas conclure d’accords avec la RDC au motif que le pays serait dépourvu de ressources exploitables. Pour ses détracteurs, ce type de déclaration interroge la cohérence du discours économique et diplomatique porté par certains membres de la coalition.

Dans ce contexte, une question revient dans le débat public : comment concilier des ambitions de refondation politique et de « salut national » avec des figures dont les parcours judiciaires ou les prises de position font l’objet de vives contestations ?

Au-delà de ces controverses individuelles, une interrogation plus large persiste sur la cohérence globale de ces plateformes politiques. Alors que les autorités congolaises affirment défendre l’intégrité territoriale du pays face au M23, le C64 et « Sauvons la RDC » mettent davantage l’accent sur la critique du pouvoir en place, sans que la condamnation du mouvement terroriste et de ses actions ne constitue toujours un axe central de leur discours.

Cette situation alimente une question fondamentale : lorsqu’ils affirment vouloir « sauver la RDC », de quelle crise parlent-ils exactement ? De la gouvernance actuelle du pays ou de la menace sécuritaire qui pèse sur sa souveraineté dans l’Est ?

Au-delà de ces divergences politiques, un enjeu structurel demeure. Le Congo doit-elle continuer à fonctionner selon un modèle où chaque crise armée débouche sur des négociations avec des groupes ayant pris les armes contre l’État ?

À chaque conflit, un schéma semble se répéter : des rébellions émergent, contrôlent des territoires, provoquent des déplacements de populations, puis finissent par être intégrées dans des processus de dialogue et parfois dans les mécanismes politiques ou institutionnels. Pour certains analystes, ce cycle entretient une forme de normalisation de la violence comme instrument d’accès au pouvoir ou de négociation politique.

Dans une logique d’État souverain et démocratique, la légitimité politique devrait pourtant reposer sur les urnes, le débat public et le respect des institutions républicaines, et non sur la force militaire.

C’est pourquoi les débats autour du C64, de « Sauvons la RDC » et de leur positionnement face au M23 dépassent la simple confrontation politique. Ils touchent à une question centrale : celle de la capacité de l’État congolais à rompre avec un modèle où la violence armée devient un levier d’influence politique.

La réponse à cette question déterminera en grande partie la nature du futur politique du pays.

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