Référendum et crispation politique

une opposition en perte d’arguments ?

Écrit par Nelly Tshienda, édité par Tribune Media Congo et supervision éditorial par Kalonji Wa Mulumba

Publié le 27 mai 2026 à 23h15

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Kinshasa, 27 mai 2026 — La tension politique monte d’un cran en République démocratique du Congo. Après avoir suspendu leur participation à la séance plénière de l’Assemblée nationale consacrée à la loi sur l’organisation du référendum, plusieurs députés de l’opposition, aux côtés de figures politiques comme Martin Fayulu et Delly Sessanga, tous membres de la coalition Article 64 (C64), ont annoncé une journée « ville morte » sur toute l’étendue du territoire national le 3 juin prochain.

À travers cette mobilisation, l’opposition entend barrer la route à toute initiative susceptible d’ouvrir la voie à une modification de la Constitution. Mais au-delà des slogans et des accusations spectaculaires, une question mérite d’être posée : l’opposition défend-elle réellement les institutions ou protège-t-elle avant tout des intérêts politiques devenus personnels ?


Les déclarations faites à l’issue de la plénière traduisent une radicalisation inquiétante du discours politique. En accusant le président Félix Tshisekedi de préparer un « coup d’État constitutionnel » et même d’être en connivence avec Paul Kagame pour « balkaniser » le Congo, certains leaders de l’opposition franchissent un cap dangereux. Car jusqu’à présent, aucune preuve tangible n’est venue étayer ces accusations extrêmement graves.

Ces propos apparaissent d’autant plus curieux que, depuis l’accession de Félix Tshisekedi au pouvoir, les relations entre Kigali et Kinshasa n’ont cessé de se détériorer. Sous son mandat, la RDC a réussi à internationaliser la question de l’agression dans l’Est du pays, obtenant plusieurs condamnations diplomatiques du Rwanda ainsi que des sanctions qui ont visiblement affecté Kigali. Les autorités rwandaises elles-mêmes ont reconnu que ces sanctions avaient un impact réel sur leur pays.

Dès lors, présenter aujourd’hui Tshisekedi comme un allié objectif de Paul Kagame semble relever davantage d’une stratégie politique que d’une lecture cohérente de la situation géopolitique actuelle.

L’autre paradoxe de cette opposition réside dans son silence relatif sur la guerre qui ravage l’Est du Congo. Alors que des populations continuent de subir massacres, déplacements et insécurité, le débat politique semble désormais entièrement centré sur la question constitutionnelle. Comme si le changement éventuel de la Constitution constituait une menace plus urgente que l’occupation de certaines localités par des groupes armés soutenus de l’extérieur.

En démocratie, l’opposition joue un rôle essentiel de contrepoids. Mais ce rôle exige responsabilité, crédibilité et cohérence. Or, lorsqu’une opposition multiplie les manœuvres de blocage, dramatise systématiquement le débat public et recourt à des accusations extrêmes pour mobiliser la population, cela peut traduire un affaiblissement de ses arguments politiques.

L’appel à une « ville morte » illustre cette logique de confrontation permanente. Pourtant, à force de transformer chaque débat institutionnel en crise nationale, l’opposition risque de perdre sa crédibilité auprès d’une population davantage préoccupée par les conditions de vie, la sécurité et le développement du pays.

La réalité politique semble aujourd’hui montrer les limites d’une opposition qui peine à proposer une alternative claire et constructive. Après plusieurs années de contestation, les Congolais attendent davantage qu’un simple rejet du pouvoir en place : ils attendent une vision, un projet et des solutions concrètes.

Au fond, la question n’est pas seulement de savoir s’il faut ou non toucher à la Constitution. La vraie question est de savoir si le débat politique congolais peut encore s’élever au-dessus des calculs personnels, des discours alarmistes et des stratégies de manipulation émotionnelle.

Car lorsqu’on commence à mobiliser le peuple sur la base de la peur et de soupçons non démontrés, ce n’est jamais un bon signe pour la démocratie.

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