Le paludisme : une maladie ancienne qui tue encore des centaines de milliers de personnes

Écrit par Nelly Tshienda édité par Tribune Média Congo et supervision éditoriale Kalonji Wa Mulumba

Publié le 28 mai 2026 à 6h45

⏱️lecture 6 min

Chaque année, le paludisme aussi appelé malaria continue de tuer des centaines de milliers de personnes, principalement en Afrique subsaharienne. Malgré les progrès médicaux, cette maladie parasitaire demeure l’une des premières causes de mortalité infantile dans plusieurs pays africains. Pourtant, des traitements existent. Alors pourquoi meurt-on encore du paludisme au XXIe siècle ?

Au cœur de cette bataille sanitaire mondiale se croisent pauvreté, inégalités d’accès aux soins, intérêts pharmaceutiques, résistances médicamenteuses… et parfois des controverses scientifiques. Parmi elles, l’histoire du médecin-chercheur congolais Jérôme Munyangi, devenu une figure polémique après ses travaux sur un traitement alternatif à base d’Artemisia.

Une maladie qui frappe surtout l’Afrique

Le paludisme est provoqué par un parasite du genre Plasmodium, transmis par la piqûre du moustique Anopheles. Les formes les plus graves sont causées par Plasmodium falciparum, particulièrement répandu en Afrique.

Selon l’OMS, l’Afrique concentre l’immense majorité des décès liés au paludisme. Les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes sont les plus vulnérables.

Les régions les plus touchées sont:

• l’Afrique subsaharienne ;

• certaines zones d’Asie du Sud ;

• des régions tropicales d’Amérique latine.

Des pays comme le Nigeria, la République démocratique du Congo, le Mozambique ou encore l’Ouganda enregistrent parmi les taux les plus élevés au monde.

Pourquoi le paludisme tue-t-il encore autant ?

1. La pauvreté et le manque d’accès aux soins

Dans de nombreuses zones rurales, les populations vivent loin des centres de santé. Les médicaments coûtent cher, les diagnostics arrivent tardivement, et les infrastructures hospitalières sont insuffisantes.

Le paludisme devient alors mortel faute de traitement rapide.

2. Les résistances aux médicaments

Depuis plusieurs décennies, le parasite développe des résistances contre certains traitements historiques comme la chloroquine.

Aujourd’hui, les thérapies combinées à base d’artémisinine (ACT) sont les plus utilisées, mais des signes de résistance apparaissent également dans certaines régions d’Asie et d’Afrique.

3. Les conditions climatiques et environnementales

La chaleur, l’humidité et les eaux stagnantes favorisent la prolifération des moustiques. Le changement climatique pourrait étendre les zones à risque.

4. Les conflits et l’instabilité politique

Les guerres, déplacements de population et crises humanitaires rendent les campagnes de prévention difficiles.

Les traitements les plus efficaces aujourd’hui

Les ACT : traitement de référence

Les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (ACT) sont actuellement considérées comme les traitements les plus efficaces contre le paludisme simple.

Elles associent deux molécules afin de réduire les résistances et améliorer l’efficacité.

La quinine : un traitement historique

Longtemps utilisée contre le paludisme grave, la quinine reste importante dans certains contextes médicaux. Le Congo possède d’ailleurs une importante industrie liée au quinquina grâce à pharmakina, entreprise fondée à Bukavu et spécialisée dans les dérivés de quinine.

Prévention : moustiquaires, insecticides et vaccins

La lutte contre le paludisme repose aussi sur :

• les moustiquaires imprégnées ;

• les pulvérisations d’insecticides ;

• les campagnes de dépistage ;

• les nouveaux vaccins antipaludiques.

Jérôme Munyangi : le chercheur congolais au cœur de la controverse

Le médecin et chercheur congolais Jérôme Munyangi est devenu célèbre après avoir défendu l’utilisation de l’Artemisia annua, une plante médicinale utilisée depuis des siècles en Chine.

Selon ses travaux, des infusions d’Artemisia auraient montré des résultats supérieurs à certains traitements conventionnels contre le paludisme. Ces déclarations ont provoqué une vive polémique dans les milieux scientifiques et pharmaceutiques.

Menaces, arrestations et exil

En 2019, Jérôme Munyangi affirme avoir été arrêté, menacé et violenté au Congo à cause de ses recherches. Il déclare avoir fui son pays avant de demander l’asile en France.

Ses soutiens dénoncent les intérêts économiques liés au marché mondial des antipaludiques. D’autres appellent à davantage de rigueur scientifique avant de promouvoir des traitements alternatifs.

Cette affaire illustre les tensions entre médecine traditionnelle, industrie pharmaceutique et souveraineté sanitaire africaine.

Une bataille autant politique que médicale

Le paludisme n’est pas seulement une question de santé publique. C’est aussi :

• une question d’inégalités mondiales ;

• un enjeu économique majeur ;

• un terrain de confrontation entre savoirs traditionnels et médecine moderne.

Des chercheurs africains réclament aujourd’hui davantage d’investissements locaux dans la recherche médicale et pharmaceutique afin que l’Afrique puisse développer ses propres solutions face aux maladies qui touchent principalement son continent.

Malgré les avancées scientifiques, le paludisme reste l’une des maladies les plus meurtrières au monde. Les traitements existent, mais leur accès demeure profondément inégal.

L’histoire de Jérôme Munyangi rappelle que derrière les statistiques se cachent aussi des débats politiques, scientifiques et économiques complexes. Entre espoir thérapeutique, controverse et lutte d’influence, la guerre contre le paludisme est loin d’être terminée.

Le chercheur affirmait notamment qu’une étude menée sur environ 1 000 patients montrait une efficacité très élevée des tisanes d’Artemisia.

Mais ses recherches ont aussi suscité des critiques :

• l’OMS met en garde contre l’usage incontrôlé des monothérapies à base d’artémisinine ;

• plusieurs scientifiques craignent l’apparition de résistances ;

• les preuves cliniques restent débattues dans la communauté scientifique internationale.

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