La Coalition C64 face à la Constitution
entre opposition politique et appel à l’insurrection
Écrit par Nelly Tshienda, édition par Tribune Media Congo, supervision éditoriale par Kalonji Wa Mulumba
Publié le 22 mai 2026 à 12h58
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La scène politique congolaise connaît une nouvelle zone de turbulence avec la déclaration de la Coalition C64. Présentée comme un regroupement d’opposants et d’acteurs politiques contestant la gouvernance actuelle, cette plateforme affirme agir au nom de la défense de la Constitution et de la démocratie. Pourtant, plusieurs éléments de leur déclaration soulèvent des interrogations juridiques, politiques et même patriotiques.
Qui est la Coalition C64 ?
La Coalition C64 rassemble plusieurs figures politiques et acteurs de la société publique opposés au pouvoir en place. Elle se présente comme une force de résistance contre ce qu’elle considère comme une dérive autoritaire du régime du Président Félix Tshisekedi Tshilombo. Cependant, cette coalition reste politiquement minoritaire. Les signataires de leur déclaration ne représentent qu’une faible portion de l’électorat congolais issu des dernières élections générales.
En effet, près de 35 personnalités ont signé leur appel, sans pour autant représenter une force électorale significative. Leur poids politique réel reste donc largement limité face à la légitimité populaire issue des urnes.
La légitimité démocratique du président Tshisekedi
Il convient d’abord de rappeler un principe fondamental : le président Félix Tshisekedi a été élu démocratiquement. Dans un État de droit, la légitimité du pouvoir provient du suffrage universel. Les désaccords politiques sont normaux dans une démocratie, mais ils doivent s’exprimer dans le cadre républicain et institutionnel.
Par ailleurs, la Constitution congolaise prévoit elle-même les mécanismes de sa propre révision. L’article 218 reconnaît notamment l’initiative de la révision constitutionnelle au président de la République, au gouvernement, à chacune des chambres du Parlement ainsi qu’à une fraction du peuple congolais.
Ainsi, le simple fait d’évoquer une révision constitutionnelle ne constitue ni une violation de la démocratie ni une dérive dictatoriale. C’est un mécanisme prévu par la loi fondamentale elle-même.
L’article 64 et les limites du droit de résistance
La Coalition C64 invoque l’article 64 de la Constitution pour justifier un prétendu « droit de résistance ». Pourtant, cet article mérite une lecture rigoureuse et complète.
L’alinéa 1 stipule que tout Congolais a le devoir de faire échec à toute personne ou groupe de personnes qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation des dispositions de la Constitution.
Mais l’alinéa 2 précise également que toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la Nation et l’État.
Le droit de résistance ne peut donc être interprété comme un appel organisé à l’insurrection politique. Historiquement et juridiquement, la résistance populaire se manifeste de manière spontanée face à une rupture évidente de l’ordre constitutionnel, comme un coup d’État ou une prise de pouvoir par la force.
Or, dans le contexte actuel, aucune institution n’a établi que le régime en place serait anticonstitutionnel. Dès lors, appeler publiquement à la résistance contre des institutions issues des élections peut être perçu comme une atteinte à la sûreté intérieure de l’État. La ligne rouge demeure l’appel à l’insurrection.
Une opposition sans projet clair
L’un des reproches majeurs adressés à cette coalition est l’absence de programme concret. Leur déclaration multiplie les accusations contre le pouvoir sans préciser clairement les griefs fondamentaux : quelles politiques sont rejetées ? Quelles alternatives proposent-ils ? Quel projet de société défendent-ils ?
Critiquer un gouvernement est légitime dans une démocratie. Mais une opposition crédible doit également proposer des solutions et un cap politique clair.
Le paradoxe de l’accusation de dictature
La Coalition C64 qualifie le président Tshisekedi de dictateur. Pourtant, le fait même que ces acteurs puissent s’exprimer librement, signer des déclarations publiques, organiser des conférences et critiquer ouvertement le chef de l’État démontre l’existence d’un espace démocratique.
Dans les véritables dictatures, l’opposition est réduite au silence, emprisonnée ou interdite d’expression publique. Le pluralisme politique actuel en RDC, malgré ses imperfections, montre que le débat politique demeure possible.
Le silence sur l’agression rwandaise
Un autre élément frappant dans cette déclaration est l’absence totale de référence à l’agression rwandaise et à la situation sécuritaire dans l’Est du pays. Pas un mot pour les FARDC, pas une pensée pour les soldats qui se battent quotidiennement pour défendre l’intégrité territoriale de la RDC.
Dans un contexte de guerre et de tensions régionales, ce silence apparaît pour beaucoup comme une faute politique et morale. Une coalition qui prétend défendre la nation devrait placer la souveraineté nationale parmi ses priorités.
Une coalition davantage opportuniste qu’idéologique ?
Au-delà du discours officiel, cette plateforme donne parfois l’impression d’une alliance de circonstances entre personnalités aux ambitions divergentes. Peu de cohérence idéologique semble unir ses membres, sinon une opposition commune au pouvoir actuel.
Plusieurs observateurs estiment que cette coalition repose davantage sur des calculs de leadership et des ambitions personnelles que sur un véritable projet national partagé.
Une crise héritée de l’histoire politique congolaise
Cette tension autour des institutions révèle aussi les fragilités historiques de la Troisième République. La Constitution actuelle est née dans un contexte post-conflit, marqué par les héritages des mouvements armés et des accords politiques de transition.
Certains considèrent ainsi que les crises institutionnelles actuelles étaient inévitables dans un système politique encore marqué par les séquelles des rébellions et des compromis de sortie de guerre.
L’implication de certaines figures controversées, comme Corneille Nangaa, membre de groupes rebelles et appelant certains acteurs à le rejoindre, alimente encore davantage les inquiétudes autour de la stabilité nationale.
Enfin, l’intervention de la CENCO dans le débat politique suscite également des interrogations. En tant que structure religieuse, la Conférence Épiscopale Nationale du Congo joue historiquement un rôle moral et social important.
Cependant, certains estiment qu’elle franchit parfois la frontière entre médiation morale et engagement politique direct, au risque d’apparaître comme un acteur partisan plutôt qu’une institution spirituelle apolitique.
La démocratie implique le droit à l’opposition, à la critique et au débat. Mais elle impose également le respect des institutions, de la Constitution et de l’ordre républicain. La Coalition C64 soulève certaines préoccupations politiques, mais son discours semble osciller entre contestation démocratique et rhétorique insurrectionnelle.
Dans un contexte de guerre à l’Est et de fragilité institutionnelle, la priorité devrait rester l’unité nationale, la défense de la souveraineté et le renforcement des mécanismes démocratiques plutôt que les appels à la confrontation politique permanente.

