Mort du dernier acteur de l’assassinat de Lumumba : la justice s’éteint-elle avec lui?
Assassinat de Lumumba : vers un procès symbolique de l’État belge ?
Écrit par Nelly Tshienda, édition par Tribune Media Congo, supervision éditoriale par Kalonji Wa Mulumba
Publié le 21 mai 2026 à 11h06
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Avec la disparition d’Étienne d’Avignon, présenté comme l’un des derniers acteurs encore en vie impliqués dans l’assassinat de Patrice Lumumba, une page de l’histoire semble se refermer. Mais pour la famille Lumumba, pour de nombreux Congolais et pour tous ceux qui considèrent Patrice Lumumba comme un héros national de la République démocratique du Congo, la question essentielle demeure entière : peut-on encore rendre justice plus de soixante ans après les faits ?
Au fil des décennies, les protagonistes de cette affaire ont disparu les uns après les autres, souvent sans avoir été jugés ni même confrontés à une véritable reconnaissance de leurs responsabilités. Aujourd’hui, avec la mort de ce dernier acteur, l’espoir d’un procès pénal contre des individus semble s’éloigner à son tour. Une partie de la vérité historique a pourtant été largement documentée : archives, enquêtes parlementaires, travaux d’historiens, témoignages et images d’époque ont montré la violence de l’arrestation de Patrice Lumumba, son humiliation publique et les circonstances tragiques de son assassinat.
Ces images restent profondément choquantes. Elles rappellent qu’au-delà de l’événement politique, il y avait un homme, un dirigeant et un symbole de l’indépendance congolaise traité avec une brutalité qui a marqué durablement la mémoire collective du pays.
L’absence de justice continue ainsi de peser lourdement sur la famille Lumumba. Pour ses enfants, cette affaire ne relève pas uniquement de l’histoire : elle touche à une douleur intime et à une reconnaissance qui n’a jamais été pleinement obtenue. Pour la République démocratique du Congo également, le sentiment demeure qu’une figure emblématique du pays a été éliminée sous le regard du monde, sans que les responsabilités politiques et institutionnelles n’aient véritablement été assumées.
Dans ce contexte, une dernière voie semble encore possible : celle d’une action dirigée contre l’État belge lui-même. Certes, après tant d’années, un éventuel procès aurait avant tout une portée symbolique. Les principaux acteurs sont morts, les faits remontent à une autre époque et les possibilités de condamnations individuelles se réduisent considérablement. Mais le symbole a ici une importance majeure.
Car au-delà des sanctions, il s’agit aussi de reconnaissance, de mémoire et de responsabilité historique. Une décision de justice, même tardive, pourrait permettre d’établir clairement le rôle joué par les autorités de l’époque et offrir à la famille Lumumba une forme de réparation morale. Elle pourrait également contribuer à refermer une blessure restée ouverte depuis 1961.
Tourner la page ne signifie pas oublier. Cela signifie reconnaître les faits, nommer les responsabilités et admettre qu’un crime politique d’une telle ampleur ne peut rester sans réponse. Pour beaucoup, c’est précisément ce que représente encore aujourd’hui le combat autour de l’assassinat de Patrice Lumumba : la conviction qu’aucune nation ne peut construire sereinement sa mémoire sans vérité ni justice.
La disparition des derniers témoins et acteurs de l’assassinat de Patrice Lumumba ne doit pas signifier la disparition de l’exigence de vérité et de justice. Au contraire, elle rappelle l’urgence de préserver la mémoire et de reconnaître les responsabilités historiques, même plusieurs décennies après les faits.
Car au-delà du destin tragique d’un homme, c’est aussi l’histoire d’un pays qui continue de chercher réparation. La République démocratique du Congo ne devrait plus jamais rimer avec injustice. “Une nation ne peut se construire durablement sans justice, car celle-ci demeure le pilier le plus solide d’une bonne gouvernance, de la confiance entre l’État et les citoyens, et du respect de la dignité humaine.”
Rendre justice à Patrice Lumumba, même tardivement, ce n’est pas seulement honorer la mémoire d’un héros national. C’est aussi affirmer qu’aucun peuple ne devrait être condamné à voir ses blessures historiques ignorées ou reléguées au silence.

