À la croisée des chemins

la République démocratique du Congo face à son histoire et à son avenir

Écrit par Nelly Tshienda, édition par Tribune Media Congo, supervision éditoriale par Kalonji Wa Mulumba

Publié le 19 mai 2026 à 12h45

⏱️lecture 3 min

La République démocratique du Congo est à un tournant décisif de son histoire. Un de ces moments rares où les peuples doivent choisir continuer à survivre dans un cycle de violence et de compromissions, ou oser enfin se libérer pour construire une nation digne, souveraine et prospère.

Ce choix n’est pas théorique. Il est historique. Il est vital.

Depuis la fin du régime de Mobutu en 1997, la RDC n’a jamais véritablement connu la paix. De l’entrée de l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila aux guerres dites de “libération”, jusqu’aux conflits régionaux impliquant plusieurs États africains entre 1998 et 2003, notre pays a payé le prix le plus lourd : des millions de vies perdues, des générations sacrifiées, un territoire pillé sous les yeux du monde.

Les Accords de Sun City en 2002 et la Constitution du 18 février 2006 ont été présentés comme un nouveau départ. Mais soyons lucides : ils ont surtout été un compromis de guerre, un arrangement fragile entre acteurs politiques et militaires issus d’un passé violent que la nation n’a jamais réellement dépassé.

Et aujourd’hui encore, le résultat est là.

Dans l’Est du pays — au Nord-Kivu, en Ituri, au Sud-Kivu — la guerre continue sous d’autres formes. Groupes armés, rebellions cycliques, interventions étrangères directes ou indirectes, exploitation illégale des ressources… Rien n’a vraiment changé dans la structure profonde du mal congolais.

Comment expliquer qu’un pays aussi riche en cobalt, cuivre, or et coltan reste prisonnier de la pauvreté et de l’insécurité ?

Comment accepter que les richesses destinées à bâtir des routes, des écoles et des hôpitaux financent encore la violence et la prédation ?

La vérité est brutale : la guerre en RDC n’est pas un accident, c’est un système.

Un système nourri par des intérêts internes et externes. Un système qui se perpétue à travers des cycles politiques fragiles, des accords de paix incomplets, et une souveraineté constamment contestée.

Il faut avoir le courage de le dire clairement : nous ne pouvons pas construire la paix durable avec les logiques qui ont produit la guerre.

Plus jamais le Congo ne doit être un champ de bataille pour des intérêts étrangers.

Plus jamais les Congolais ne doivent mourir pour leurs propres richesses.

Plus jamais les accords politiques ne doivent servir de camouflage à la continuité de la violence.

La Constitution de 2006, fruit de la transition post-conflit, a eu son rôle historique. Mais près de vingt ans plus tard, elle ne peut plus être considérée comme un horizon intangible si elle ne répond plus aux exigences de stabilité réelle, de souveraineté effective et de justice sociale.

Le débat actuel sur une éventuelle nouvelle Constitution ne doit pas être confisqué. Il doit être assumé par le peuple congolais dans sa totalité, loin des calculs politiques et des intérêts de conservation du pouvoir.

Car la vraie question est là :

voulons-nous continuer à gérer un État fragile né des guerres du passé, ou voulons-nous enfin fonder une nation forte, libérée de ses chaînes historiques ?

Depuis la Conférence nationale souveraine des années 1990 jusqu’aux élections de 2006, 2011 et 2018, le peuple congolais a toujours exprimé la même aspiration : la paix, la dignité et le développement. Mais cette aspiration a été trop souvent trahie, diluée, reportée.

Aujourd’hui, l’heure du report est terminée.

Le moment est venu d’un sursaut national. Un vrai. Pas un discours. Pas une promesse. Mais une rupture historique.

Une rupture avec les logiques de guerre héritées des années 1990.

Une rupture avec la normalisation de l’insécurité dans l’Est.

Une rupture avec la dépendance politique et économique.

Une rupture avec l’idée que la violence est une fatalité congolaise.

Le Congo n’est pas condamné. Le Congo est debout. Mais il doit maintenant se lever entièrement.

Il ne s’agit plus seulement de réformer. Il s’agit de refonder.

Refonder l’État. Refonder la souveraineté. Refonder le contrat social.

Refonder l’idée même de la République.

L’histoire nous observe. Les générations futures nous jugeront.

Et une seule question restera :

avons-nous eu le courage de mettre fin au cycle de la guerre quand nous en avions encore la possibilité ?

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