Le pari des infrastructures sous Félix Tshisekedi
entre relance visible et défis persistants
Écrit par Nelly Tshienda, édition par Tribune Média Congo supervision éditoriale par Kalonji Wa Mulumba
Publié le 17 mai à 00h43
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Depuis l’arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir en janvier 2019, la République démocratique du Congo a engagé une nouvelle dynamique dans le secteur des infrastructures. Routes, rocades, ponts, hôpitaux, universités, voiries urbaines et équipements publics constituent désormais l’un des principaux axes de communication du pouvoir en place. Dans un pays-continent longtemps marqué par le sous-investissement et le délabrement des infrastructures héritées de l’époque coloniale, cette politique vise officiellement à désenclaver les provinces, renforcer l’intégration nationale et stimuler le développement économique.
Selon plusieurs sources officielles et institutionnelles, plus de 30 000 kilomètres de routes urbaines et de dessertes agricoles auraient été construits ou réhabilités durant le premier quinquennat de Félix Tshisekedi. Cette ambition s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation des infrastructures routières nationales, notamment autour des axes RN1, RN2, RN3 et RN5 destinés à reconnecter l’Ouest, le Centre et l’Est du pays.
Kinshasa au cœur des grands chantiers
La capitale congolaise concentre une grande partie des projets visibles. Parmi les réalisations emblématiques figurent les rocades de Kinshasa, un vaste projet routier de plus de 72 kilomètres destiné à fluidifier la circulation et à ouvrir de nouvelles connexions vers les communes périphériques.
Plusieurs avenues stratégiques ont également été modernisées ou réhabilitées, notamment dans les communes de Mont-Ngafula, Ngaliema, Limete et Tshangu. Ces travaux s’accompagnent de projets de drainage, d’assainissement et d’éclairage public visant à améliorer les conditions de mobilité urbaine.
Le gouvernement met également en avant la poursuite de grands projets structurants comme le corridor Kinshasa–Matadi, essentiel pour les échanges commerciaux avec le port maritime de Banana et le Kongo Central.
Des ponts pour reconnecter les territoires
Le secteur des ouvrages de franchissement connaît lui aussi une certaine relance. En partenariat avec l’entreprise française Matière SA, l’Office des Routes affirme avoir construit ou lancé plusieurs ponts stratégiques à travers le pays.
Parmi les ouvrages cités figurent les ponts de Lukasu et Tombe au Kongo Central, Vunayi dans le Lomami, Arebi dans le Haut-Uélé, Biene au Nord-Kivu, ou encore Kalimabenge au Sud-Kivu. Ces infrastructures visent principalement à désenclaver des zones rurales longtemps coupées des grands centres économiques.
Dans plusieurs provinces, ces ponts facilitent désormais le transport des produits agricoles, la circulation des personnes et l’accès aux services sociaux de base.
Le programme des 145 territoires
L’un des projets phares du régime Tshisekedi reste le Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T). Ce programme ambitionne de rapprocher l’État des populations rurales grâce à la construction d’infrastructures sociales de proximité.
Dans ce cadre, des centaines d’écoles, centres de santé, bâtiments administratifs et infrastructures communautaires ont été lancés ou achevés. Plusieurs analyses évoquent environ 340 centres de santé déjà finalisés et plus de 350 autres en cours de construction à travers le pays.
Le programme prévoit également la construction ou la réhabilitation d’universités et d’instituts supérieurs dans plusieurs provinces, notamment à Kinshasa, Lubumbashi, Kananga, Mbuji-Mayi, Kisangani, Bukavu, Goma et Kikwit.
Santé et enseignement supérieur : des investissements encore inégaux
Dans le secteur hospitalier, plusieurs projets de modernisation ont été annoncés depuis 2019. Le gouvernement met en avant l’amélioration progressive de l’offre de soins, la gratuité de la maternité dans certains établissements publics ainsi que la réhabilitation de structures sanitaires dans les provinces.
Cependant, malgré ces avancées, les besoins restent énormes dans un pays où l’accès aux soins demeure très inégal selon les régions. Les mêmes défis existent dans l’enseignement supérieur, où les universités publiques souffrent encore d’un déficit chronique d’infrastructures, d’équipements et de financement.
Une volonté politique confrontée aux réalités du terrain
Si plusieurs observateurs reconnaissent une accélération visible des travaux d’infrastructures sous Félix Tshisekedi, les défis structurels restent considérables. Le réseau routier congolais demeure largement insuffisant pour un territoire de plus de 2,3 millions de kilomètres carrés. Selon les données sectorielles, la RDC compte plus de 153 000 kilomètres de routes, dont seule une faible partie est asphaltée.
Les contraintes budgétaires, la corruption, les lenteurs administratives, les difficultés sécuritaires dans l’Est et la faible capacité d’entretien des ouvrages continuent également de freiner la transformation du pays.
Les critiques de l’opposition dénoncent parfois une communication gouvernementale plus forte que les résultats réellement visibles sur l’ensemble du territoire. D’autres estiment néanmoins que le rythme des investissements publics dans les infrastructures est supérieur à celui observé lors des précédents mandats.
« Si l’opposition continue de dénoncer l’insuffisance des résultats obtenus, certains observateurs estiment également qu’une partie de ces critiques relève davantage d’une posture politique systématiquement pessimiste que d’une véritable contribution au débat national. Car au-delà des dénonciations, peu de propositions concrètes émergent pour accompagner les défis gigantesques auxquels la RDC reste confrontée. Les résultats peuvent paraître insuffisants au regard des attentes immenses de la population, mais il convient aussi de mesurer l’ampleur des retards accumulés pendant plusieurs décennies et de considérer le point de départ extrêmement fragile du pays. »
Six ans après l’accession de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême, les infrastructures apparaissent comme l’un des marqueurs majeurs de son action politique. Les routes, ponts, hôpitaux et universités construits ou réhabilités traduisent une volonté de modernisation longtemps attendue par les Congolais.
Toutefois, la véritable question reste celle de la durabilité : entretien des ouvrages, continuité des financements, qualité des constructions et capacité de l’État à étendre ces investissements à l’ensemble du territoire national.
Car au-delà des inaugurations et des annonces, le défi pour la RDC demeure immense : transformer durablement les infrastructures afin qu’elles deviennent un véritable moteur de développement économique, social et d’unité nationale.

