Marchés pirates, déchets, chaos : qui gouverne réellement Kinshasa ?

Le grand désordre de Kinshasa : marchés pirates, déchets et impuissance politique

Écrit par Nelly Tshienda pour Tribune Media Congo, supervision éditoriale par Kalonji Wa Mulumba

Publié le 26 mai 2026 à 07h45

⏱️lecture 6 min

L’inaccessibilité persistante des routes menant au Marché central de Kinshasa, pourtant modernisé et prêt à accueillir des dizaines de milliers de personnes chaque jour, révèle une réalité inquiétante : la capitale congolaise souffre d’un profond déficit d’organisation, d’autorité et de vision urbaine.

La visite du Président Félix Tshisekedi, le 23 mai dernier, a mis en lumière ce paradoxe insoutenable. Alors que des infrastructures modernes ont été construites à grands coûts, les avenues principales Plateau, de l’École, du Marché, des Marais et Rwakadingi restent envahies par des marchés pirates, des étalages anarchiques et des montagnes de déchets.

Il est difficile de comprendre qu’une ville comme Kinshasa, mégapole de plus de 20 millions d’habitants et vitrine du Congo, continue à fonctionner dans un désordre aussi alarmant. Une capitale représente l’image d’un pays. Elle doit incarner l’ordre, la discipline, la modernité et l’autorité de l’État. Or aujourd’hui, Kinshasa donne malheureusement l’image d’une ville abandonnée à l’anarchie urbaine.

Le problème n’est plus uniquement celui des vendeurs informels. Il s’agit désormais d’un échec structurel de gouvernance urbaine.

Depuis des années, les mêmes problèmes reviennent : marchés pirates, occupation illégale des chaussées, insalubrité chronique, caniveaux bouchés, circulation paralysée, absence de sanctions durables. Pourtant, plusieurs autorités provinciales se sont succédé avec des promesses répétées d’assainissement et de modernisation.

La question mérite donc d’être posée sans détour : pourquoi aucune solution définitive n’a-t-elle encore été trouvée ?

Le gouvernement provincial a certes construit certaines routes en béton armé et lancé quelques opérations ponctuelles de déguerpissement. Mais ces actions restent temporaires et inefficaces lorsqu’elles ne s’accompagnent pas d’une stratégie durable, cohérente et rigoureuse.

Car le véritable problème est celui de l’autorité de l’État. Une route libérée aujourd’hui ne peut pas être réoccupée dès le lendemain. Une avenue principale ne peut pas devenir un dépotoir public sans qu’il n’existe de mécanisme de contrôle permanent.

Quelles solutions pour assainir durablement Kinshasa ?

Pour sortir de ce cycle d’échec, plusieurs mesures fortes devraient être envisagées :

1. Créer des zones commerciales organisées et accessibles

La majorité des vendeurs pirates occupent les routes faute d’alternatives viables. Il faut construire et réhabiliter des marchés de proximité modernes, accessibles et sécurisés dans chaque commune afin de désengorger les grandes avenues.

2. Mettre en place une brigade permanente d’assainissement

Kinshasa a besoin d’une unité spéciale chargée exclusivement de:

• libérer les voies publiques ;

• contrôler l’occupation anarchique;

• sanctionner les récidivistes ;

• assurer le nettoyage quotidien des grandes artères.

Cette brigade devrait travailler en permanence et non lors d’opérations médiatiques ponctuelles.

3. Instaurer des sanctions réelles et immédiates

Sans sanctions, aucune réforme ne peut réussir. Les occupations illégales doivent entraîner :

• saisie des marchandises ;

• amendes systématiques ;

• interdiction temporaire d’exercer dans certaines zones.

L’impunité actuelle encourage le retour permanent du désordre.

4. Moderniser la gestion des déchets

L’insalubrité de Kinshasa est devenue une urgence sanitaire. Il faut :

• multiplier les poubelles publiques;

• instaurer un système régulier de collecte ;

• responsabiliser les communes ;

• signer des partenariats avec des entreprises privées de recyclage et de nettoyage urbain.

5. Miser sur la conscientisation de la population

Aucune ville ne peut être propre sans l’implication de ses habitants. La population kinoise doit comprendre que :

• jeter les déchets dans la rue détruit son propre environnement ;

• occuper les routes aggrave les embouteillages et les accidents ;

• préserver l’ordre urbain est une responsabilité collective.

Cette conscientisation doit commencer dans les écoles, les médias, les églises et les réseaux sociaux.

Car toute résolution d’un problème commence d’abord par une volonté collective d’amélioration. Il faut croire sincèrement qu’il est possible de transformer Kinshasa. D’autres capitales africaines confrontées aux mêmes défis ont réussi à imposer l’ordre urbain. Kinshasa peut également y parvenir.

Mais pour cela, il faut un leadership fort, cohérent et constant.

Et face à cette situation, une interrogation demeure : Daniel Bumba est-il réellement à la hauteur du défi ?

Depuis sa prise de fonctions, les attentes étaient immenses. Pourtant, malgré quelques initiatives visibles, les résultats tardent à convaincre une population fatiguée par le désordre chronique et l’absence de changements profonds.

L’histoire retiendra que gouverner Kinshasa ne se limite pas à annoncer des opérations d’assainissement ou à inaugurer des infrastructures. Le véritable défi consiste à imposer durablement l’autorité de l’État, restaurer la discipline urbaine et redonner à la capitale congolaise l’image digne qu’elle mérite.

Kinshasa ne manque ni de potentiel ni d’énergie humaine.

Ce qui manque encore, c’est une organisation rigoureuse, une volonté politique ferme et une application équitable de la loi.

Depuis sa prise de fonctions, les attentes étaient immenses. Pourtant, malgré quelques initiatives visibles, les résultats tardent à convaincre une population fatiguée par le désordre chronique et l’absence de changements profonds.

L’histoire retiendra que gouverner Kinshasa ne se limite pas à annoncer des opérations d’assainissement ou à inaugurer des infrastructures. Le véritable défi consiste à imposer durablement l’autorité de l’État, restaurer la discipline urbaine et redonner à la capitale congolaise l’image digne qu’elle mérite.

Kinshasa ne manque ni de potentiel ni d’énergie humaine. Ce qui manque encore, c’est une organisation rigoureuse, une volonté politique ferme et une application équitable de la loi.

En conclusion, malgré les défis actuels, Kinshasa demeure une ville au potentiel immense. Avec sa position stratégique, sa richesse culturelle, son dynamisme humain et sa puissance économique, la capitale congolaise possède tous les atouts pour devenir l’une des plus belles capitales d’Afrique, voire du monde.

Mais ce rêve ne pourra devenir réalité sans discipline collective, sans vision claire des autorités et sans une véritable culture du respect de l’espace public. Une grande capitale ne se construit pas uniquement avec du béton et des infrastructures modernes ; elle se bâtit aussi par l’ordre, l’assainissement, la responsabilité citoyenne et l’application stricte de la loi.

Kinshasa mérite mieux que l’anarchie urbaine, les marchés pirates et l’insalubrité chronique. Les Kinois méritent une ville propre, organisée, sécurisée et digne de son statut de miroir du Congo.

Le potentiel existe. Les ressources humaines existent. L’énergie existe. Il reste désormais à transformer cette ambition en réalité par des actions concrètes, durables et courageuses.

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