Retour sur l'échec de la ville morte du C64 : le peuple a-t-il tourné le dos à l'opposition ?

Rédaction par Nelly Tshienda, édition par Tribune Media Congo et supervision éditoriale par Kalonji Wa Mulumba

Publié le 04 juin 2026 à06h30

⏱️lecture 4 min

L'appel à une journée de « ville morte » lancé par la coalition C64 se voulait une démonstration de force politique et populaire. Présentée comme une action destinée à dénoncer la gouvernance actuelle et à faire entendre les revendications de l'opposition, cette initiative n'a pourtant pas suscité l'adhésion massive attendue. Dans plusieurs villes du pays, les activités se sont poursuivies, les commerces sont restés ouverts et une grande partie de la population a choisi de poursuivre son quotidien.

Ce constat soulève une question essentielle : le peuple a-t-il commencé à tourner le dos à l'opposition, ou assiste-t-on simplement à l'essoufflement d'une stratégie politique qui ne convainc plus ?

Car au-delà des discours et des slogans, les Congolais sont en droit de se demander ce qu'ils gagnent réellement dans ce type de mobilisation. Lorsqu'une ville s'arrête, ce ne sont ni les leaders politiques ni les dirigeants des partis qui en subissent les premières conséquences. Ce sont les petits commerçants, les vendeurs des marchés, les conducteurs de taxis et motos, les travailleurs journaliers et tous ceux qui dépendent de leurs revenus quotidiens pour faire vivre leurs familles.

Une journée de ville morte représente une journée de manque à gagner pour des milliers de citoyens. Dès lors, la question mérite d'être posée : cette stratégie profite-t-elle réellement au peuple ou sert-elle principalement à démontrer la capacité de mobilisation de certains acteurs politiques ?

La réalité est que les villes mortes ont souvent davantage de valeur symbolique que d'impact concret. Elles permettent à leurs initiateurs de revendiquer une influence politique, mais elles produisent rarement des solutions aux difficultés auxquelles les citoyens sont confrontés. Le chômage ne recule pas, l'insécurité ne disparaît pas et les conditions de vie ne s'améliorent pas simplement parce que les activités ont été suspendues pendant une journée.

L'autre interrogation concerne la nature même de cette coalition. Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Matata Ponyo et les autres figures du C64 poursuivent-ils réellement le même objectif politique ? Au-delà de leur opposition au pouvoir en place, partagent-ils une vision commune de l'avenir du pays ? Rien n'est moins certain. Comme souvent dans la vie politique, les alliances construites autour d'un adversaire commun finissent parfois par révéler leurs divergences lorsqu'il s'agit de proposer un projet alternatif crédible.

Mais la question la plus sensible demeure sans doute celle de la crédibilité de certains acteurs qui composent ou soutiennent cette dynamique politique.

Comment comprendre que des personnalités qui se présentent comme les défenseurs de l'État de droit et du respect de la Constitution puissent, dans le même temps, remettre en cause ou refuser les conséquences de décisions rendues par les juridictions du pays lorsqu'elles leur sont défavorables ?

Le respect des institutions ne peut être invoqué à sens unique. Si l'on exige du pouvoir qu'il respecte la Constitution, les lois et les institutions de la République, alors le même principe devrait s'appliquer à tous les acteurs politiques, sans exception. Les décisions de justice peuvent être contestées par les voies légales prévues à cet effet, mais elles ne peuvent être ignorées simplement parce qu'elles ne correspondent pas à ses intérêts politiques.

Cette contradiction est d'autant plus frappante que certains responsables politiques ayant fait l'objet de condamnations judiciaires continuent à se présenter comme les garants de la bonne gouvernance et de la moralisation de la vie publique. Une situation qui nourrit naturellement le scepticisme d'une partie de l'opinion.

L'ironie est que tout citoyen convaincu de son innocence cherche normalement à faire triompher sa vérité devant les instances compétentes. Lorsqu'un responsable politique choisit au contraire de déplacer systématiquement le débat sur le terrain politique, il expose son discours à la critique. Beaucoup de citoyens peuvent alors se demander si la priorité est réellement la manifestation de la vérité ou la poursuite d'un combat politique.

Cela ne signifie pas que toute condamnation judiciaire soit nécessairement incontestable. Mais dans un État de droit, la crédibilité d'un acteur politique dépend aussi de sa capacité à respecter les règles institutionnelles qu'il réclame pour les autres.

Cette réalité pose une question plus large : quelle est aujourd'hui la véritable légitimité du C64 auprès de la population ?

Le faible suivi de la ville morte peut être interprété de différentes manières. Certains y verront un soutien implicite au gouvernement. D'autres y verront plutôt le signe d'une population lassée des confrontations politiques permanentes et davantage préoccupée par ses difficultés quotidiennes.

Cependant, quelle que soit l'interprétation retenue, un fait demeure : lorsqu'un appel à la mobilisation ne produit pas les résultats attendus, il révèle nécessairement un décalage entre les attentes de ses organisateurs et celles de la population.

Si les Congolais avaient massivement adhéré à cette démarche, les rues auraient parlé d'elles-mêmes. Or ce n'est manifestement pas le message qui est ressorti de cette journée.

Le C64 devrait donc s'interroger sur les raisons de cet échec. Peut-être que les citoyens attendent désormais davantage que des appels à la contestation. Peut-être souhaitent-ils entendre des propositions concrètes, des solutions réalistes et une vision capable de répondre aux défis économiques, sécuritaires et sociaux auxquels le pays est confronté.

Car une opposition politique ne se renforce pas uniquement par sa capacité à dénoncer le pouvoir et être dans un bras de fer permanent. Elle se renforce lorsqu'elle inspire confiance, lorsqu'elle apparaît cohérente dans ses principes et lorsqu'elle parvient à convaincre qu'elle représente une alternative crédible.

L'échec de cette ville morte constitue donc peut-être un avertissement politique. Non seulement pour le C64, mais pour l'ensemble de la classe politique congolaise. Le peuple semble de plus en plus exigeant et de moins en moins disposé à suivre des mots d'ordre dont il ne perçoit pas clairement les bénéfices.


Au final, la véritable question n'est peut-être pas de savoir pourquoi la ville morte a échoué. La véritable question est de savoir si l'opposition a encore la capacité de mobiliser les Congolais autour d'un projet de société crédible ou si elle continue de s'enfermer dans une logique de confrontation permanente avec le pouvoir.

Car lorsqu'une mobilisation échoue, ce n'est pas seulement un appel qui est ignoré. C'est parfois un message que la population adresse à ceux qui prétendent parler en son nom.

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