Suspension du général Rwibasira Obed : un parcours avec des zones d'ombres
Rédaction par Nelly Tshienda, édition par Tribune Media Congo et supervision éditoriale par Kalonji Wa Mulumba
Publié le 04 juin 2026 à 21h55
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La récente suspension du Lieutenant-Général Rwibasira Obed (ou Rwibasira Ruyumbu) des Forces armées de la RDC (FARDC), annoncée par des sources militaires internes, ravive de nombreuses interrogations sur le parcours de cet officier supérieur ayant servi dans plusieurs zones de conflit majeures du pays : Nord-Kivu, Sud-Kivu et Kasaï.
Son nom est régulièrement associé, dans l’opinion publique et certains cercles militants, à des épisodes de violences armées documentés par les Nations unies, sans qu’aucune condamnation judiciaire individuelle n’ait toutefois été rendue à ce jour.
Une carrière militaire dans les zones les plus violentes de la RDC
Selon plusieurs sources militaires et médiatiques, le général Rwibasira a occupé des fonctions de commandement dans :
le Nord-Kivu (34e région militaire)
la région du Kasaï (5e région militaire)
des structures opérationnelles des FARDC impliquées dans des opérations contre des groupes armés
Ces zones correspondent aux principaux foyers de conflits armés documentés en RDC depuis la fin des années 1990.
1998–2003 : Makobola et Kasika dans le contexte des guerres du Congo
Makobola (Sud-Kivu, 1998)
Les massacres de Makobola sont intervenus dans le contexte de la Deuxième guerre du Congo.
Selon le rapport Mapping de l’ONU (2010) :
• des attaques systématiques contre des civils ont été commises dans plusieurs localités du Sud-Kivu ;
• les violences s’inscrivent dans des opérations militaires impliquant plusieurs forces armées et groupes armés étrangers et congolais ;
•des milliers de civils ont été tués dans la région entre 1998 et 2000.
Le Mapping Report souligne que ces attaques peuvent relever de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, mais il ne désigne pas systématiquement des individus précis pour chaque incident.
Kasika (Sud-Kivu, 1998)
Le massacre de Kasika est l’un des épisodes les plus documentés du conflit.
Selon le Mapping Report de l’ONU :
• des attaques coordonnées ont ciblé des populations civiles ;
• des violences de masse ont été commises dans le cadre d’opérations militaires ;
• des chefs locaux et civils ont été exécutés lors des offensives.
Le rapport attribue ces violations à des dynamiques militaires complexes impliquant plusieurs acteurs armés, sans établir de responsabilité pénale individuelle exhaustive.
2016–2017 : Kasaï et la crise Kamwina Nsapu
La crise dite de Kamwina Nsapu éclate en 2016 dans le Kasaï, opposant :
• la milice Kamwina Nsapu
• les forces de sécurité congolaises (FARDC et police)
• des milices locales pro-gouvernementales (Bana Mura)
Conclusions des Nations unies
Selon les enquêtes de l’ONU et du Haut-Commissariat aux droits de l’homme :
• des violations graves des droits humains ont été commises par toutes les parties ;
• des villages entiers ont été attaqués ;
• des exécutions sommaires et des violences ethniques ont été documentées ;
des éléments des forces de sécurité auraient été impliqués dans certaines opérations aux côtés de milices locales.
L’ONU évoque des faits pouvant constituer :
- crimes de guerre
- crimes contre l’humanité
Mais souligne également la nécessité de poursuites judiciaires nationales pour établir les responsabilités individuelles.
Le Mapping Report de l’ONU : cadre général des accusations
Le Mapping Report (2010) du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme constitue la principale référence sur les violations commises entre 1993 et 2003 en RDC.
Il recense :
• 617 incidents graves
• des violations sur toute l’étendue du territoire congolais
• des crimes potentiellement qualifiables de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité
Toutefois, le rapport précise une limite essentielle :
il ne constitue pas un acte d’accusation judiciaire et ne détermine pas systématiquement les responsabilités individuelles, celles-ci relevant de futures procédures judiciaires.
Le cas Rwibasira : entre perception publique et absence de procédure judiciaire
Le nom du général Rwibasira apparaît dans certains débats politiques et médiatiques en lien avec :
• les opérations militaires dans le Kasaï
• les zones de conflit de l’Est
• les débats sur les responsabilités des FARDC dans les violations documentées par l’ONU
Cependant :
aucune condamnation judiciaire internationale ou nationale connue ne le concerne ;
les accusations reposent souvent sur des rumeurs, interprétations politiques ou amalgames avec des unités militaires ;
les rapports internationaux citent des unités et contextes, mais rarement des officiers de manière individualisée sans preuve judiciaire.
La suspension du général Rwibasira Obed intervient dans un contexte de resserrement disciplinaire au sein des FARDC, mais elle relance surtout un débat ancien : celui de la responsabilité des officiers militaires dans les guerres successives qu’a connues la RDC.
Entre :
les conclusions du Mapping Report de l’ONU,
les enquêtes sur la crise du Kasaï,
et les mémoires encore vives des massacres de Makobola et Kasika,
le cas Rwibasira illustre la difficulté persistante en RDC : documenter les crimes de masse sans mécanisme judiciaire complet de responsabilité individuelle.

