Tshiwewe jurait fidélité à Tshisekedi : les dessous d'une trahison programmée

Rédaction par Nelly Tshienda, édition par Tribune Media Congo et supervision éditoriale par Kalonji Wa Mulumba

Publié le 04 juin 2026 à 19h56

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Quand les paroles reviennent hanter leur auteur

Dans l'histoire des nations, certaines trahisons marquent davantage les consciences que les défaites militaires. Parce qu'elles ne viennent pas de l'ennemi déclaré, mais de ceux qui avaient juré fidélité à la République. L'affaire qui implique aujourd'hui le général Christian Tshiwewe soulève précisément cette question fondamentale : que vaut le serment d'un officier supérieur lorsqu'il est soupçonné de se retourner contre l'autorité qu'il avait promis de servir ?

Le parcours du général Tshiwewe est étroitement lié à l'ascension politique du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Sous le régime de Joseph Kabila, il n'avait jamais atteint les plus hautes responsabilités militaires qui lui seront ensuite confiées. C'est sous la présidence de Félix Tshisekedi qu'il bénéficiera d'une promotion spectaculaire, jusqu'à accéder aux plus hautes fonctions au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo.

Cette ascension n'était pas seulement une promotion administrative. Elle constituait surtout une marque de confiance. Dans un contexte politique complexe, où le nouveau président devait composer avec un appareil sécuritaire largement hérité de l'ancien régime, la question de la loyauté des hauts gradés était centrale. Beaucoup d'observateurs estimaient alors que le chef de l'État était entouré de responsables nommés avant son arrivée au pouvoir et dont les fidélités réelles demeuraient parfois difficiles à évaluer.

C'est précisément ce qui rend les accusations actuelles particulièrement graves. Plusieurs officiers supérieurs, dont le général Tshiwewe, font l'objet de poursuites pour des faits extrêmement lourds, notamment de complot contre l'État, de tentative d'assassinat du chef de l'État et de trahison, accusations qu'il appartiendra à la justice militaire d'établir ou non.

Si ces accusations étaient confirmées, elles donneraient une dimension tragique à ce qui apparaîtrait alors comme une stratégie de conquête de confiance : obtenir les faveurs du pouvoir, gravir les échelons, recevoir les honneurs de la République, avant de se retourner contre elle.

Mais au-delà du dossier judiciaire, c'est une question morale qui interpelle les Congolais.

Prêter serment devant le drapeau national ne devrait jamais être considéré comme une formalité protocolaire. Pour un militaire, ce serment représente l'engagement suprême. Il signifie que l'on accepte de défendre la nation jusqu'au sacrifice ultime. Dans toutes les armées du monde, l'honneur de l'officier repose sur cette parole donnée.

Or, ce qui choque particulièrement l'opinion publique, ce sont certaines vidéos largement relayées où le général Tshiwewe, également pasteur, affirmait publiquement que parmi les choses qu'il ne pourrait jamais faire figuraient la trahison et la déloyauté envers le président Félix Tshisekedi.

Ces images résonnent aujourd'hui d'une manière singulière.

Et c'est ici qu'une certaine ironie de l'histoire apparaît. Celui qui, dans une église, devant des fidèles et sous le regard de Dieu, proclamait son attachement indéfectible à la loyauté, se retrouve aujourd'hui au cœur d'une affaire où cette même loyauté est publiquement remise en cause.

Certains y verront une simple coïncidence.

D'autres se demanderont si le ciel n'a pas parfois sa manière bien particulière de rappeler aux hommes leurs propres paroles.

Quoi qu'il en soit, cette affaire dépasse désormais le destin d'un seul homme. Elle constitue un avertissement pour tous ceux qui exercent une parcelle d'autorité dans les institutions de la République. Les grades, les privilèges, les responsabilités et les honneurs accordés par la nation ne sont pas des récompenses personnelles ; ils sont l'expression d'une confiance.

Et lorsqu'une confiance est trahie ou simplement soupçonnée de l'être dans des proportions aussi graves, c'est l'ensemble du corps national qui se sent blessé.

La justice devra établir les faits avec rigueur et impartialité. Mais une leçon apparaît déjà clairement : aucune République ne peut survivre longtemps si ceux qui prêtent serment devant son drapeau considèrent cet engagement comme un simple passage obligé plutôt que comme une obligation sacrée.

Car un serment militaire n'est pas un discours. C'est une dette morale contractée envers la nation.

Et cette dette, un officier d'honneur est censé la porter jusqu'à son dernier souffle.

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