RDC : le lithium bientôt classé minerai stratégique avant même sa première production
Rédaction par Nelly Tshienda, édition par Tribune Media Congo et supervision éditoriale par Kalonji Wa Mulumba
Publié le 03 juin 2026 à 00h46
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Kinshasa, La République démocratique du Congo s’apprête à franchir une nouvelle étape dans sa stratégie de valorisation de ses ressources minières. Le gouvernement a adopté, le 29 mai dernier, un projet de décret visant à intégrer le lithium à la liste nationale des substances minérales stratégiques, alors même que la première production industrielle du métal n’est attendue qu’en 2026 avec l’entrée en exploitation du projet Manono.
Cette décision traduit la volonté des autorités congolaises d’anticiper l’essor du marché mondial des minerais critiques, devenus indispensables à la transition énergétique et aux nouvelles technologies. Déjà reconnue comme l’un des principaux producteurs mondiaux de cuivre, de cobalt et de coltan, la RDC entend désormais renforcer sa position sur la chaîne d’approvisionnement du lithium, un composant essentiel dans la fabrication des batteries pour véhicules électriques et systèmes de stockage d’énergie.
Une réforme motivée par les enjeux géostratégiques
Selon le compte rendu du Conseil des ministres, le projet de décret prend en compte « l’évolution des marchés internationaux des matières premières critiques » ainsi que « l’importance croissante de plusieurs substances minérales pour les filières stratégiques et les technologies émergentes ». L’objectif affiché est de permettre au pays de mieux tirer profit du caractère stratégique de certaines ressources présentes dans son sous-sol.
Outre le lithium, le texte prévoit également l’ajout du tantale, du niobium, du tungstène, de l’uranium et des terres rares à la liste des substances stratégiques. Jusqu’à présent, cette catégorie ne comprenait que le cobalt, le germanium et le coltan depuis l’entrée en vigueur du Code minier révisé de 2018.
Des retombées fiscales importantes
La reclassification du lithium et des autres minerais concernés pourrait avoir des conséquences directes sur les revenus de l’État congolais. En effet, les substances stratégiques sont soumises à une redevance minière de 10 %, contre 3,5 % pour les métaux de base et non ferreux.
Cette hausse significative de la fiscalité pourrait permettre au gouvernement d’accroître les recettes générées par l’exploitation de ces ressources, dans un contexte où la demande mondiale en minerais critiques connaît une croissance soutenue.
Toutefois, cette mesure pourrait également susciter des interrogations chez les investisseurs et opérateurs miniers, qui devront intégrer ces nouvelles dispositions dans leurs modèles économiques.
Le projet Manono au cœur des attentes
L’annonce intervient alors que le projet Manono, développé par le groupe chinois Zijin Mining, se prépare à devenir la première mine industrielle de lithium du pays. Représentant un investissement estimé à environ un milliard de dollars américains, le projet prévoit le traitement de 500 000 tonnes de concentré de spodumène pour produire près de 95 170 tonnes de sulfate de lithium par an.
L’exploitation de Manono est perçue comme un tournant majeur pour l’industrie minière congolaise, qui cherche à diversifier son portefeuille de minerais stratégiques au-delà du cuivre et du cobalt.
Par ailleurs, d’autres acteurs internationaux suivent de près l’évolution du secteur. L’entreprise américaine KoBold Metals poursuit actuellement des campagnes d’exploration dans le pays dans l’espoir de découvrir de nouveaux gisements de lithium.
Une ambition de leadership sur les minerais critiques
Avec cette initiative, la RDC confirme sa volonté de renforcer son influence sur le marché mondial des minerais stratégiques. Dans un contexte de compétition internationale pour sécuriser l’approvisionnement en ressources nécessaires à la transition énergétique, le pays cherche à mieux valoriser son potentiel géologique exceptionnel.
Le classement du lithium comme substance stratégique pourrait ainsi marquer le début d’une nouvelle phase pour l’industrie minière congolaise, où la création de valeur locale et l’augmentation des recettes publiques deviennent des priorités aussi importantes que l’exploitation elle-même.
En classant le lithium parmi ses minerais stratégiques avant même sa première production industrielle, la RDC envoie un signal fort : celui d’un pays déterminé à jouer un rôle central dans l’économie mondiale des matières premières critiques du XXIe siècle.

