Kagame : à force de tout vouloir contrôler, il finit par tout perdre!

Rédaction par Nelly Tshienda, édition par Tribune Média Congo et supervision éditoriale par Kalonji Wa Mulumba

Publié le 29 mai 2026 à 06h30

⏱️lecture 4 min

Paul Kagame avait toutes les cartes en main pour entrer dans l’histoire comme l’homme qui aurait transformé le Rwanda après le génocide de 1994. Pendant des années, l’Occident l’a présenté comme le visage d’une Afrique moderne, disciplinée et ambitieuse. Mais aujourd’hui, derrière l’image soigneusement entretenue d’un dirigeant visionnaire, le vernis commence à craquer.

À vouloir imposer sa domination régionale coûte que coûte, Kagame semble avoir transformé le Rwanda en un pays enfermé dans une fuite en avant permanente. Chaque opportunité diplomatique pour sortir de la crise dans l’est de la RDC a été sacrifiée sur l’autel de l’orgueil stratégique et des intérêts géopolitiques de Kigali.

Même les tentatives d’ouverture de Félix Tshisekedi, longtemps moquées par certains comme des signes de faiblesse ou de naïveté diplomatique apparaissent aujourd’hui sous un autre regard. Car il faut parfois plus de force pour tendre la main après des années de tensions que pour entretenir indéfiniment la confrontation. Derrière cette volonté de dialogue se cachait peut-être une dernière occasion d’éviter l’escalade et l’isolement. Mais Paul Kagame, enfermé dans une logique d’orgueil et de rapport de force permanent, n’a pas su lire le message politique derrière cette main tendue. En rejetant cette opportunité, il a peut-être lui-même accéléré la situation de fragilité et de contestation à laquelle il fait face aujourd’hui.

Derrière cette volonté de dialogue se cachait peut-être une dernière occasion d’éviter l’escalade et l’isolement une ultime bouée jetée à la mer avant que n’éclate la tempête diplomatique et politique qui secoue aujourd’hui la région.

Le président a d’ailleurs pris l’opinion publique à témoin, exposant clairement sa volonté d’apaisement avant de tendre la main, comme pour souligner la gravité du moment et la sincérité de sa démarche. Mais Paul Kagame, enfermé dans une logique d’orgueil et de rapport de force permanent, n’a pas su lire le message politique derrière cette ouverture. En rejetant cette opportunité, il a peut-être lui-même précipité la situation de fragilité et de contestation à laquelle il fait désormais face.

Mais au-delà des tensions géopolitiques, un autre élément commence à interroger : l’attitude même du président rwandais. Plusieurs séquences publiques ont marqué les esprits ces derniers mois, montrant un Kagame inhabituellement nerveux, parfois emporté, s’adressant à certains responsables de son gouvernement avec une colère brutale, presque humiliante. Ces scènes, largement relayées et commentées, contrastent fortement avec l’image froide, méthodique et maîtrisée qu’il cultivait depuis des années.

Pour certains observateurs, ces sorties traduisent une nervosité croissante au sommet de l’État. D’autres y voient les signes d’un dirigeant sous pression, confronté à une accumulation de crises régionales, diplomatiques et économiques. Lorsqu’un chef commence à gouverner par l’agacement permanent, les cris et les démonstrations d’autorité excessives, cela révèle souvent une difficulté plus profonde : la peur de perdre le contrôle.

Pendant ce temps, Kagame continue de vendre le rêve d’un Rwanda futuriste, tourné vers la haute technologie et désormais vers le nucléaire civil. Mais derrière les annonces spectaculaires et les signatures de mémorandums d’entente, une réalité plus brutale demeure : le nucléaire n’est pas un projet de communication politique. C’est un chantier colossal qui exige des dizaines de milliards, une stabilité économique de long terme, des infrastructures lourdes et une souveraineté financière que même certains pays développés peinent à garantir.

Or le Rwanda reste un pays largement dépendant de l’aide internationale. Une économie fragile, soutenue artificiellement par les bailleurs étrangers, le tourisme et des ressources minières dont l’origine soulève depuis longtemps des questions embarrassantes. Derrière les gratte-ciels de Kigali et les conférences internationales, beaucoup voient surtout une vitrine brillante construite sur des fondations instables.

Le problème de Kagame est peut-être là : à force de vouloir projeter l’image d’une puissance régionale incontournable, il finit par exposer les limites réelles de son système. La peur, le contrôle absolu et la centralisation du pouvoir peuvent maintenir un régime pendant un temps. Mais ils ne suffisent pas à construire une stabilité durable.

Le plus ironique dans cette trajectoire, c’est que Paul Kagame avait probablement une occasion historique de consolider définitivement sa place parmi les grands dirigeants africains. Mais l’obsession du contrôle total, l’ingérence régionale et la logique de confrontation permanente pourraient finalement réduire cet héritage à une succession de tensions, de soupçons et d’occasions perdues.

À force de vouloir tout gagner, Kagame risque désormais de découvrir la leçon la plus brutale du pouvoir : on peut conquérir l’influence par la force, mais on ne conserve la légitimité que par la confiance.

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