Dialogue national : Fayulu ouvre la porte aux rebelles

Rédaction par Tshienda Mandungu wa Mutombo Nelly, édité par Tribune Media Congo sous supervision éditoriale de Kalonji Wa Mulumba

Publié le 17 août 2026 à 21h25

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« La justice est le pilier le plus solide d’un bon gouvernement. »

Cette phrase résume à elle seule l’un des défis les plus fondamentaux auxquels le Congo est confronté aujourd’hui : construire la paix sans sacrifier la justice, rechercher le dialogue sans transformer celui-ci en mécanisme d’amnésie politique, et tourner la page sans jamais effacer les souffrances de ceux qui ont payé le prix des conflits.

C’est dans ce contexte que la récente déclaration de Martin Fayulu mérite d’être examinée avec attention. L’opposant congolais estime que, dans le cadre du dialogue que certains appellent de leurs vœux, Joseph Kabila et Corneille Nangaa devraient être présents à la table des discussions afin qu’on puisse notamment leur demander pourquoi ils ont pris les armes et pourquoi ils s’attaquent à leur propre nation.

L’intention de comprendre les motivations d’une crise peut se défendre. Mais cette vision du dialogue semble oublier une distinction essentielle : dialoguer ne signifie pas absoudre.

Le dialogue ne signifie pas l’impunité.

Le dialogue ne signifie pas l’abandon des poursuites.

Le dialogue ne signifie pas que les victimes doivent renoncer à leurs droits au nom d’un compromis politique.

Et surtout, le dialogue ne peut pas devenir le refuge de l’impunité congolaise.

Depuis plus de trois décennies, le peuple congolais a payé un prix humain considérable dans les différents cycles de violences qui ont traversé le pays. Des massacres, des déplacements de populations et des atrocités ont marqué plusieurs générations, tandis que la justice est trop souvent restée en retrait.

Le Congo a développé une fâcheuse habitude : lorsque la crise devient trop importante, on cherche un accord politique ; lorsque les armes se taisent, on parle de réconciliation ; puis, progressivement, les victimes disparaissent du débat.

Cette mécanique doit cesser.

Car une nation qui demande perpétuellement à ses victimes d’oublier finit par institutionnaliser l’injustice.

Aujourd’hui, le Congo se trouve pourtant à un moment particulier de son histoire. Sous Félix Tshisekedi, la question de la reconnaissance des crimes commis contre les populations congolaises a pris une place nouvelle dans le discours national et international. La bataille pour la reconnaissance des massacres et des crimes commis sur le territoire congolais participe d’une exigence fondamentale : faire comprendre que la vie d’un Congolais a une valeur et que sa mort ne peut plus être considérée comme une simple conséquence collatérale de l’histoire.

La reconnaissance est importante. Mais elle ne peut constituer l’aboutissement.

Elle doit ouvrir la voie à la vérité, à la justice et, lorsque les responsabilités sont établies par les juridictions compétentes, aux sanctions.

C’est précisément pourquoi il serait dangereux de confondre dialogue politique et règlement judiciaire.

Oui, il peut être nécessaire de dialoguer pour mettre fin à une guerre.

Oui, il peut être nécessaire de négocier pour obtenir le retrait de forces étrangères du territoire congolais.

Oui, il peut être nécessaire de réunir des acteurs qui se sont affrontés pour trouver une issue politique à une crise.

Mais comprendre pourquoi quelqu’un a pris les armes ne signifie pas nécessairement lui accorder l’impunité pour ce qu’il aurait pu commettre avec ces armes.

Comprendre n’est pas pardonner.

Dialoguer n’est pas blanchir.

Négocier n’est pas amnistier.

Et réconcilier une nation ne signifie pas demander aux victimes de renoncer à la justice.

C’est là que le discours de Martin Fayulu mérite d’être questionné.

Si des acteurs politiques ou militaires sont accusés d’avoir participé à des crimes, à des actes de guerre ou à une entreprise de déstabilisation du pays, leur éventuelle responsabilité doit être établie par des mécanismes judiciaires compétents. Elle ne peut être effacée simplement parce qu’un dialogue politique est organisé.

Le Congo doit précisément sortir de cette logique où les mêmes crises produisent les mêmes arrangements : des armes, des morts, des négociations, des postes, puis l’oubli.

Ce modèle ne peut plus être présenté comme la seule voie vers la paix.

Les victimes congolaises méritent mieux.

Leurs familles méritent mieux.

Et le pays tout entier mérite mieux.

Car infliger une nouvelle fois aux victimes le silence, l’oubli ou l’effacement de leurs souffrances reviendrait à leur faire subir une seconde injustice.

Le véritable patriotisme devrait commencer là.

Un patriote peut réclamer le dialogue et exiger simultanément la justice. Il peut défendre la réconciliation sans accepter l’impunité. Il peut vouloir mettre fin à la guerre tout en refusant que ceux qui ont souffert soient sacrifiés sur l’autel des compromis politiques.

Le Congo n’a pas seulement besoin d’un dialogue entre responsables politiques. Il a besoin d’un État capable de garantir que les crimes commis contre son peuple ne resteront pas éternellement sans conséquence.

La paix est nécessaire.

Le dialogue est nécessaire.

Mais la justice l’est tout autant.

Car sans justice, la paix risque de n’être qu’une suspension des hostilités.

Et sans justice, la réconciliation risque de n’être qu’un autre nom donné à l’oubli.

Le Congo doit donc dialoguer, oui. Mais il doit aussi se souvenir. Il doit établir la vérité. Et surtout, il doit rendre justice.

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